The movie who shot my western prejudice

Publié le par Aldrea

Bon, c’est vrai, je l’avoue, j’ai des préjugés.

Je pense qu’on en a tous de toute manière : les blondes sont connes, les Corses feignants, les vieux puent et les westerns sont chiants.

Bon, d’accord, je suis peut-être la seule à penser ça pour les westerns. Mais une partie de moi ne peut s’y résoudre.

Suis-je la seule à imaginer, à l’évocation du mot « western », des plans d’une lenteur infinie sur un caillou et trois cactus ? Des zooms sur deux yeux farouches lors d’un duel rappelant les pires heures de Dragon Ball Z chez Dorothée ? Ces personnages féminins à la personnalité d’un moule à gaufre ? Ces clichés redondant d’hommes virils, plein de sueur et de poussière, se battant contre les indiens, contre les coyotes, contre les bandits, contre les extraterrestres ? (c’était pas bien, mais au moins il y avait tentative de renouveau.) Ces décors toujours identiques faute de diversités : le désert, la ville, le saloon, la prison ? Parfois l’intérieur d’une tente d’indien, si on est chanceux. (malheureusement le désert de l’ouest-américain manque de haute tour futuristes ou de donjon sado-maso)

Attention hein, je ne parle pas de ce qui se passe dans ma tête à l’évocation des mots « cowboys », « cheval » ou « lasso » (même si je dois vous avouer que ça mérite le détour). Juste le mot « western », désignant donc un genre cinématographique spécifique.

Un genre cinématographique spécifiquement chiant, donc. Pour moi.

 

J’entends déjà les puristes monter sur leurs grands chevaux (sauvages) : qui es-tu, toi qui ose parler ainsi de ce genre superbe et sauvage, fougueux et rude comme le capibara des grandes plaines ? Que connais-tu du western ? Qu’en as-tu vu ?

Et c’est là que, ben faute de mieux, je sors de tête quelques Eastwood que ne suis même pas sûr d’avoir vu en entier mais qui de toute manière, ressemblent tous à un seul trèèèès long western avec Clint qui machouille un cigarillo, qui plisse les yeux et qui a un chapeau. Ou même si Clint n’y était pas, un type qui lui ressemble, parfois avec une moustache quand on veut innover.

A partir de là, j’imagine le lancé de chapeau général des puristes qui me vilipendent à grands coups de « Chevauchée fantastique », « Prisonnière du désert », « Johnny Guitare » ou encore « Cowboys vs Aliens » (mais ce dernier ce fait très mal regarder de tout le monde, dont de moi, et finit par regarder par terre en gratouillant le sol du bout de sa botte.)

Après avoir ramassé leurs sombrero (non, pas de « s » puisque sombrero est DEJA un mot au pluriel, ha, on en apprend tous les jours dans la Tanière quand cette feignasse se donne la peine de faire un nouveau post), nos puristes en question finissent par m’attraper, me ligoter, et me forcer à voir un western, un bon, un qui aura la lourde tâche de détruire tous mes préjugés et me laisser sans repère, perdue, et à la merci des goûts sûrs de nos puristes.

 

Mettons: L’homme qui tua Liverty Valance (ou encore The Man Who Shot Liberty Valance, c’est fou comme ça change tout).

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Quels beaux hommes.


Réalisé en 1962 par John Ford, avec James Stewart et John Wayne, blabli. Pour parler le langage de ceux qui s‘en foutent, 1962 étant en plein dans le déclin du western au cinéma aux Etats-Unis, et presque dans la naissance du « western spaghetti », celui reprit par les italiens donc, plein de musique de Ennio Morricone, de gros plans et de Sergio Leone. Le western ayant vécu son âge d’or à Hollywood dans les années 1930-40-50, le genre était donc en train de s’essouffler. Pour continuer à parler en langage vernaculaire, James Stewart étant le héros de plusieurs Hitchcock (Vertigo, Fenêtre sur cour, La Corde…), et si vous n’avez jamais vu au moins un de ces trois entre parenthèse, déjà c’est triste, et ensuite je vous mets une photo pour que vous puissiez le resituer.

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Voilà. C'est lui.

 

John Wayne étant non seulement l’homme qui m’a fait pousser un « hé, mais je le connais lui, c’est un vieux de la vieille du cinéma non ? », remarque qui m’a valu un soupir consterné de la part des puristes à mes côtés qui se tenaient prêts à se faire seppuku pour rattraper mon honneur en cas d’autres remarques stupides, (où j’en étais… il faut vraiment que j’apprenne à utiliser la ponctuation moi… ha oui), mais également le héros d’une bonne palanquée de western de l’âge d’or susnommé (au pif : Le massacre de Fort ApacheLa chevauchée fantastique ou Rio Grande).

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Voilà la bête.

 

Pour le résumé, soyons précis, long, et n’ayons par peur des spoilers : Ransom Stoddart, joué par le mec de Vertigo, est un sénateur mur et respecté qui revient avec sa femme dans la petite ville de Shinbone pour enterrer quelqu’un. Des journalistes du coin lui demandent qui était cet homme dont la mort déplace un sénateur important de Washington et son épouse. Ransom leur lâche donc qu’il s’agit de Tom Doniphon et commence à leur raconter l’histoire du film dans un malicieux procédé d’ellipse narrative.

Ransom Stoddart est un jeune homme fier et fringuant, tout droit sorti de son école de droit et qui va s’aventurer dans le grand Ouest pour y chercher aventure, expérience et maturité. Ce grand Ouest est encore celui des plaines sauvages, des bandits et des attaques de diligence, le chemin de fer étant encore loin. Le jeune maître du barreau va donc se retrouver confronté à un univers aussi impitoyable que celui de Dallas, mais un peut plus quand même puisqu’ici, la loi du plus fort est la meilleure. Il découvre avec effarement un univers où les livres de loi sont inutiles puisque la loi, de toute évidence, n’est pas la même qu’à la grande ville. Pour preuve, Liberty Valance et sa bande terrorisent les habitants en traînant dans les halles d’immeubles des maisons, volent les steaks des gens, tuent et volent aussi un peu, quand même. Seul le vieux de la vieille Tom Doniphon (je vous laisse deviner de qui il s’agit…), le vieux cowboy blasé, semble leur tenir tête et même effrayer un peu toute cette bande d’affreux.

Les deux hommes commencent à se lier d’amitié, autour de la jeune et belle Hallie (dont on se fout du nom de l’actrice) et de ses adorables parents fraîchement émigrés d’un pays du nord de l’Europe. Le cœur de Hallie et du spectateur balance donc entre le jeune idéaliste fringuant qui essaye à tout prix de faire venir la démocratie à Shinbone en mettant en place une école et des élections, et le mature et viril cowboy qui en a vu d’autres, qui aime bien boire un coup mais pas trop parler, et surtout qui tient tête à Liberty quand celui-ci vient chercher des noises aux braves gens. Tom et Ransom s’embrouillent un peu à propos de Hallie, Tom ayant des vues sur elle depuis pas mal de temps, vues que Ransom commence à compromettre sévère avec ses cours de lecture et son vocabulaire de tapette. Seulement, pour diverses raisons que vous apprendrez en regardant le film, Liberty en veut à mort au frêle Ransom qui, bien que défendu par Tom, se trouve bientôt confronté à un choix : quitter la ville ou battre Liberty en duel. Le pauvre Ransom qui n’a jamais tenu une arme de sa vie flippe un peu, mais après le tabassage en règle d’un honnête citoyen par Liberty, il décide de rester et de tenir tête comme un petit nerd ne ferait face à son bully voleur de goûter.

 

A partir de là, spoiler alert :

Contre toute attente, Ransom gagne le duel, tue Liberty et est acclamé par les habitants de la ville. Il est désigné par les élections qu’il a lui-même créé pour représenter la ville lors du prochain conseil d’état ou-chai-pu-quoi, et comble du pompom dur la cerise, Hallie lui tome dans les bras. Mais le spectateur, au milieu de ses puristes en transe, ému par ce bel happy end, se voit vite déchanter lorsqu’il voit Ransom refuser le poste, empli de remords d’avoir tué un homme de sang froid. Alors que le spectateur commence à le considerer un peu comme une lopette, le viril Tom lui apprend à lui, et à lui seul, qu’il était en fait caché dans le noir de la nuit et que c’est lui qui a en fait donné le coup de feu mortel. Rassuré et à peine reconnaissant, Ransom prend le poste et se barre avec la fille à Washington pour devenir, plus tard, sénateur, auréolé de la gloire d’avoir tué le pire bandit de l’Ouest alors que Tom reste seul avec ses espoirs envolés.

 

Fin du spoiler alert, vous pouvez retirer vos mains de vos oreilles et arrêter de hurler l’Hymne à la joie.

Arrivée à la fin du film, la spectatrice, au milieu des puristes en pleine convulsion de bonheur, se rend compte qu’elle a vu un western, et qu’elle a apprécié. Mieux, elle a adoré. Parce que ce western comprend, certes, des saloons, des revolvers, des chevaux, et de la violence, mais pas que. Ce western comprend aussi une véritable réflexion sur la fin d’un âge d’or, sur l’arrivée d’une nouvelle ère, et surtout, beaucoup de nostalgie.

Pas la nostalgie mièvre d’un « c’était mieux avant », mais la nostalgie d’un temps où les hommes devaient survivre par leur simple force autant physique que morale, et que ces hommes là doivent savoir faire place aux nouveaux. Cette nostalgie étant bien sûre incarnée par John Wayne, choix idéal étant lui-même symbole du héros de western des années 1940, "remplacé" ici par un petit freluquet de la ville, symbole d'un nouveau genre cinématographique, pourtant lui aussi positif. Le plus étonnant, c'est que Tom ne cesse pourtant pas d'être le héros puisqu'il en a tous les attributs de "l'ancien temps" (le charisme, le charme, la force, la rapidité aux armes, le courage...) et jusqu'au bout, il en garde cette droiture morale. Si Ransom est le héros du film, Tom, lui, est le héros de l'ombre.

Absent de tout manichéisme, L’homme qui tua Liberty Valence porte une véritable réflexion sur la morale (celle de l’Ouest et celle des livres de loi, toutes deux valant la peine d’être défendues mais dont la coexistence est impossible), sur la civilisation, sur l’avancée inéluctable du temps et la sagesse qu’il y a à savoir accepter les nouvelles évolutions.

 

Ce résumé est bien sûr rapide, plein de parti pris et de vides et la meilleure façon de vous faire votre propre opinion est de le regarder. Il dure pas loin de 2h, alors au lieu de dépenser 10,92€ dans un Gaumont parisien pour aller voir un putain de Sherlock Holmes, louez-le, téléchargez-le (profitez-en tant que FBI n’a pas mis Torrent sous les verrous), engagez un mime, que sais-je, mais voyez-le pour vous débarrasser, vous aussi, de vos préjugés sur les fumeurs de cigarillos.

 

La prochaine fois, une chronique pour dire pourquoi Emmanuel Carrère est un écrivain aussi prétentieux que dépourvu d’imagination (sauf Limonov, Limonov il se lit comme un petit beurre.)

Merci.

 

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Publié dans taniere

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clovis simard 13/04/2012 21:25


Blog(fermaton.over-blog.com).No.30- THÉORÈME MISERERE.


VÉRITÉ ET SAGESSE.

luigicroco 01/02/2012 17:10


ca a l'air SUPER BIEN ! (j'ai le préjugé inverse au tien : j'adore les westerns alors que j'en ai vu vraiment pas beaucoup)


comme une idiote j'ai lu le spoiler >.<