Pourquoi je n'aime pas Margaux Motin

Publié le par Aldrea

Mes petits amis, mon séjour à la Fnac St Lazare en temps que "libraire" au rayon BD ne va pas tarder à s'achever, il est temps de faire le point.

 

L'expérience a été fort instructive. Sisi. Elle a développé mes connaissances culturelles, ma sociabilité et surtout, surtout, ma patience. Alors que le client moyen de la librairie Album est surtout un BDphile avéré qui connait le classement de la librairie par coeur et fout une paix royale au libraire (je ne parle pas bien sur des touristes qui viennent acheter des parapluis Milou à 30€), le client de la Fnac est un néophyte de la BD et l'assume.

Ce qui est, ma foi, une très grande qualité dans la vie: admettre ses failles et demander de l'aide est toujours plus malin. Mais lorsque le libraire se voit répéter cinq fois par jour "à la lettre T" lorsque la question "où est-ce que vous mettez les Tintins ?" alors qu'au dessus des rayons est écrit en gros, en gras et en en longeur "Classement alphabétique par série", la patience du libraire s'en voit un peu érodée. Bien sûr, je ne parlerai pas des questions qui font pousser des énormes soupirs du genre "Vous avez le manga numéro 4 ?", ni des autres obligent à retenir un grand éclat de rire ("Vous auriez une BD sur les pieds ?" ou "Vous auriez quelques chose sur les gros pénis  ?").

 

En revanche je peux parler des clients. Les clients sont tous différents en leur genre et ne peuvent pas être classifiés puisque les catégories se croisent en clients hybrides. Vous avez des lecteurs/squatteurs qui ne sont pas vértiablement des clients puisqu'ils se contentent de venir à 10h, de squatter un coin de librairie et de repartir à 20h après avoir lu la bonne moitié du rayon manga. Vous avez le client vieux qui n'a aucune politesse et sans bonjour ni merci demande au libraire les bras chargés de coffrets BD où ils peuvent trouver le dernier Marc Levy (qui, soit dit en passant, est présent sur toutes les têtes de gondoles de tous les rayons). Vous avez le client très jeune qui ressemble un peu au client vieux puisque sans un bonjour introductif, pose des questions incongrues (" Vous avez des livres animé ?") et repart aussi vite qu'il est venu, laissant le libraire dans le même état que s'il avait vu un gnome voleur de slip. Vous avez le client lycéen qui ressemble un peu au client squatteur, mais en bande, donc beaucoup moins discret. La Fnac St Lazare jouissant du privilège d'être situé à côté du lycée Condorcet, elle se voit donc régulièrement envahie par les clients lycéens qui font le tour de la Fnac en commentant très fort tout ce qu'ils voient et en s'arrêtant de préférence au milieu des allées pour discuter des cours de bio. La lycéenne ira directement dans le coin girly du rayon BD (dont j'ai la chance d'être la responsable) et commentera de façon très forte et trés aigue les diverses BD "Je veux le Prince charmant", "112 idées pour être une fille géniale", "Lingerie addict" ou encore "Serial shoppeuse". Le lycéen lui ira au coin manga, commentera de façon très forte et aléatoirement grave ou aigue les shonen ou les seinen gore ou porno. Quelques soit le sexe, le lycéen ne rangera bien sur jamais derrière lui. Vous avez également les clients BDphiles d'une cinquantaine d'année qui viennent vous poser des questions sur l'édition de 1958 des Pieds Nickelés et qui trouvent révoltant de ne pas l'avoir à la Fnac. Il y a le client grapilleur qui vient voir le libraire et insiste pour avoir une réduction parce qu'il est un client fidèle, parce qu'il habite à côté ou parce qu'il y a de la poussière sur son livre. Il y a le client parent qui cherche une idée de cadeau pour son filleul de 9 ans mais qui est très avancé pour son âge (bloody véridique, j'y ai eu le droit avec TOUS les parents) mais qui, devant une BD pour les 12ans a peur que ce soit trop compliqué/violent/déprimant. Il y a les clients perdus qui viennent vous chercher au find fond du rayon BD pour demander un conseil sur les guides de tourisme. Il y a les clients qui n'aiment pas attendre et, lisant le prénom du libraire (occupé avec un client bien sûr) sur son badge l'appelle pour attirer son attention. Il y a les gens qui viennent pour demander des conseils tout en casant à chaque phrase qu'il n'y connaissent rien en BD parce que de toute façon à part Tintin et Astérix, c'est trop violent et trop puéril (sans se rendre compte bien sûr de la contradiction). Vous avez la cliente friande de shojo et de yahoi que j'ai déjà eu la chance de rencontrer durant mes nombreuses Japan Expo. Sans étonnement, on constatera qu'il s'agit de la même: souvent par deux, quelques soit leur âge et leur corpulence, elle ressemble à la lycéenne devant les BD girly: mêmes cris aïgus, même commentaires. La rayon manga est celui où on croise la plus grande populationd adolescente, même si parfois il arrive de croiser des lecteurs d'une trentaine d'année en école de commerce; ce sont eux, bien sûr, les plus drôles, notamment dans le partage de leur admiration véritable devant Avatar The last Air Bender.

 

Le libraire bien sûr n'est jamais parfait non plus. Au bout d'un certain temps à essayer de trouver une place pour les 300 tomes de Margaud Mottin qui lui sont arrivés ce matin tout en renseignant un client sur le rayon comptabilité, il devient vite aigri et asociable. Le but de sa journée étant de vider ses rangées de roulettes pleines et de faire des allers-retours de la réserve au rayon les bras chargés de volumes pour combler les vides, en essayant de ne surtout croiser le regard d'aucun client susceptible de lui demander s'il aurait pas dans son rayon "Les Hauts du Hurlevent de Stephanie Meyers" (FUCKIN VERIDIQUE). Ca, c'est pour les clients en mouvement. Les clients à l'arrêt pour les lecteur posent moisn de problèmes. L'avantage des clients lecteurs, notamment de mangass, c'est qu'ils ne demandent rien, mais en revanchent ils lisent. Partout. Parfois, le libraire soulève une caisse et trouve un lecteur de manga plongé en plein Eye Shield. Le lecteur de manga fonctionne de la même manière que les mouches. Tout ce qu'ils veulent, c'est se nourrir de lecteur nipponne en paix. Le problème c'est qu'ils se trouvent souvent aux endroits génants (devant les rayonnages, au milieux des allées, devant les portes de secours...) et lorsqu'ils sont plusieurs agglutinés au mauvais endroit et que le libraire les chasse gentiment, ils s'éparpillent dans un nuage pour revenir exactement au même endroit 10mn plus tard.

 

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Bref, travailler à la Fnac donne une autre vision du livre et surtout de ses lecteurs. Sachez le, innocents clients de la Fnac qui venez tuer le temps devant les rayonnages (dont je faisais également partie moi aussi il y a quelques temps): le libraire entend tout, voit tout et vous juge. Vous n'êtes pas du tout le premier à donner votre avis sur ce livre "ultra bien écrit", ce film "chef d'oeuvre" ou cette BD "trop bien". Vous n'êtes pas le premier à demander où se trouve le rayon livre de cuisine, où sont les toilettes, où est la sortie, si on peut payer ici et comme s'appelle ce livre dont la couverture est bleue. Alors par pitié, la prochaine fois, regardez autour de vous pour déterminer où sont placées les nouveautés et quel est le prix de ce livre. Merci pour nous.

 

 

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Edit: bon, ce post a l'air d'être plein de fiel et de haine. Mais en fait ça va hein, c'était cool. 

Publié dans taniere

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Corti 25/02/2011 00:36



Tu kiffes les chouettes en ce moment ? :D